Les logiciels libres, enjeux sociétaux et économiques pour les collectivités

Vous avez peut être déjà entendu parler de Logiciel Libre ou de Logiciel open source dans votre entourage ou parfois dans les médias sans savoir vraiment de quoi il en retourne. Je vais tâcher ici de vous présenter simplement les qualités de cette approche et vous démontrez que les logiciels libres représentent belle et bien des enjeux sociétaux et économiques pour nos collectivités.

Logiciel libre, Logiciel open source, Kesako ?

opensourceUn Logiciel Libre est un logiciel dont l’auteur (ie le programmeur, l’informaticien) a rendu public « le code source » de celui-ci. Le code source correspond aux « secrets de fabrication » du logiciel, aux lignes de code qui lui permettent de fonctionner.

Cela signifie dès lors que le logiciel est librement accessible et librement utilisable. Plus précisément, un Logiciel Libre ou « Free Software », est défini par quatre libertés :

  • La liberté d’exécuter (de lancer, d’utiliser) le programme, pour tous les usages
  • La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins. L’accès au code source est alors une condition requise
  • La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin
  • La liberté d’améliorer le programme et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté. L’accès au code source est alors une condition requise

Ces logiciels pouvant être librement utilisés, copiés, modifiés et redistribués par tout à chacun en toute légalité, ils se sont largement diffusés ces vingt dernières années. Ils représentent même en 2013, 10% du chiffre d’affaires du secteur de l’IT.

Je vais vous donner un exemple. Vous utilisez certainement Microsoft Word en tant que traitement de texte (pour rédiger vos courriers, etc), il s’agit d’un logiciel propriétaire, il ne respecte donc aucune des 4 libertés évoquées ci-dessus. Pourtant il existe des alternatives libres comme OpenOffice ou LibreOffice. Pour utiliser Microsoft Word, vous devez acquitter un coût de licence (par utilisateur …) et nous ne pouvez le modifier ou l’adapter à vos propres besoins … ni même le transmettre à d’autres. Vous me direz, modifier un outil de traitement de texte n’est pas courant, oui, je vous l’accorde et mais il s’agit ici d’un exemple. Mais retenez le principe et notez qu’il existe presque toujours une alternative libre aux solutions propriétaires. Cela s’applique donc pour des dizaines de logiciels que vous utilisez chaque jour.

Enjeux économiques

Pour les particuliers, l’intérêt de pouvoir modifier et redistribuer un logiciel peut paraître limité mais imaginez cela à l’échelle d’une collectivité. Pensez-vous que les besoins informatiques varient radicalement d’une collectivité à une autre ? Ne pensez-vous pas qu’elles ont besoin d’un site web ? d’un logiciel de la gestion de la bibliothèque ? d’un logiciel de gestion des résultats des élections ? [...] Et pourtant pour la majorité des collectivités, il y a de nombreuses réécritures (nouveaux développements) ou d’achats de logiciels propriétaires

Et là, je n’ai cité que quelques exemples, je pourrais parler de la gestion des cimetières, de la gestion de la voirie, des inscriptions à la cantine, de la gestion des marchés publics … la liste des mutualisations possibles est très longue. De plus, un logiciel libre n’est pas un logiciel de moins bonne qualité, au contraire ! Savez-vous d’ailleurs que Facebook, Twitter ou même Google utilisent principalement des logiciels libres ? Ou même que toutes les bourses du monde sont motorisées par du logiciel libre ? Là aussi la liste est longue.

L’enjeu économique est énorme. Pour exemple, en juin dernier, la Commission européenne a publié une communication relative au bon usage des standards dans les achats publics. Elle souligne les multiples bénéfices de systèmes d’informations s’appuyant sur des standards (ce que fait idéalement les logiciels libres), et évalue à plus de 1 milliard d’euros les économies que feraient les états de l’UE s’ils basaient leurs consultations sur des standards, assurant une compétition plus ouverte.

Je pense que l’économie cumulée au niveau des collectivités françaises peut être encore plus importante. D’ailleurs, le gouvernement l’a bien noté, et notre premier Ministre, a publié début septembre une circulaire visant à développer « l’Usage du logiciel libre dans l’administration (publique) ». Cette circulaire souligne les économies d’échelle remarquables que l’open source peut générer.

La Marie de Paris est très en avance en la matière en ayant « libérée » dès 2001 son logiciel de gestion de contenu (pour les sites web et portail web) et en le rendant disponible à tous. Fin 2014, la ville de Munich remplacera le système d’exploitation Windows par un équivalent libre ; elle économisera le prix de 15 000 licences …

Enjeux de société

Le logiciel libre est également un enjeu de société. Car de par sa gratuité, il permet un libre accès et une libre diffusion au plus grand nombre dont les populations les moins favorisées qui ne sont pas forcées d’avoir recours à la copie illégale pour bénéficier des avancées technologiques. Les logiciels libres sont par nature des outils de lutte contre la « fracture numérique ».

Et puis le Logiciel Libre étant un bien non marchand, ceux qui le développent contribuent à une large diffusion de la connaissance scientifique, d’un savoir-faire technique et de la technologie permettant l’accès au savoir. On parle également de bien commun voire pour certains de patrimoine numérique mondial pour l’Humanité. En cela, les logiciels libres doivent être favorisés dans nos collectivités.

Comment faire ?

Il existe de nombreux référentiels de logiciels libres. Pour ma part, je vous conseillerais de débuter avec celui de l’Adullact, spécialisé Collectivités. Vous trouverez plus de 500 logiciels gratuits et librement accessibles. Ils seront, j’en suis sûr, une bonne base de la plupart de vos besoins notamment si vous représentez une collectivité. Et si jamais le logiciel que vous avez sélectionné ne correspond pas à 100% de vos besoins, n’hésitez pas à l’étendre (ie. ajouter des fonctionnalités) et à reverser (ie. donner/distribuer) ces développements à l’Adullact pour que cela puisse servir à d’autres collectivités.

Vous imaginez bien qu’avec 36 000 communes et une bonne cinquantaine de logiciels différents utilisés en moyenne par collectivité, l’économie d’échelle et la liberté que peut apporter les logiciels libres, est tout simple énorme.

 

Vous ne l’avez peut être pas remarqué mais ce blog utilise un logiciel libre. Il s’agit de WordPress, outil très complet que je vous recommande. A titre professionnel, je maintiens également un référentiel des solutions open source professionnelles.

1 pensée sur “Les logiciels libres, enjeux sociétaux et économiques pour les collectivités

  1. Effectivement, mutualiser, le VRAI défis des logiciels libres pour les collectivités qui doivent sortir de l’approche au cas par cas soi-disant « pragmatique » pour plonger dans les VRAIS avantages des logiciels libres :-)
    Une autre façon de s’en convaincre est de venir sur les Rencontres du Logiciel Libre et du Secteur Public organisé par les entreprises du logiciel libre et de l’open source : http://www.rrll.fr
    Sûrement une date proche de chez vous ;-)

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